Introduction

Je développe une pratique de recherche-création située à l’intersection des arts visuels, de l’anthropologie environnementale et de l’anthropologie du vivant. Formé en arts visuels et engagé dans un parcours doctoral en anthropologie, j’aborde la création comme une manière d’enquêter sur les relations entre les êtres vivants, les milieux aquatiques, les infrastructures et les formes de connaissance qui permettent de les suivre.

Mon travail s’intéresse aux lignes : lignes de migration, de dessin, de courant, de carte, de seuil et de passage. À partir de milieux liés au fleuve Saint-Laurent, à ses affluents et à certains territoires riverains, j’explore comment les trajectoires du vivant se trouvent transformées par les aménagements humains, les dispositifs techniques et les formes contemporaines de fragmentation écologique.

La pratique artistique y joue un rôle méthodologique central. Le dessin, l’empreinte, la cartographie sensible, le gyotaku et l’installation ne sont pas seulement des formes de représentation : ce sont des outils pour observer, inscrire et penser les relations entre corps, gestes, milieux et temporalités. Ils permettent de rendre sensibles des présences souvent discrètes, des circulations interrompues ou des continuités partielles.

Cette démarche s’inscrit dans un parcours de recherche-création où l’art, l’anthropologie et l’enseignement se rencontrent autour d’une même question : comment suivre les formes de vie lorsque leurs trajectoires sont modifiées par les milieux, les infrastructures et les dispositifs techniques? Mon travail prend appui sur le dessin, l’empreinte, la cartographie sensible et les pratiques de terrain pour observer des lignes de passage, des seuils, des circulations interrompues et des continuités partielles. Il s’agit moins de représenter le vivant que de rendre perceptibles les relations qui le traversent : relations entre corps et milieux, gestes et traces, courants et obstacles, savoirs scientifiques et expériences sensibles. Dans cette perspective, la pratique artistique devient une méthode d’enquête anthropologique, attentive aux manières dont le vivant persiste, s’inscrit et se déplace dans des environnements transformés.

(English version)

Introduction

I develop a research-creation practice situated at the intersection of visual art, environmental anthropology, and the anthropology of the living. Trained in visual arts and currently engaged in doctoral research in anthropology, I approach artistic practice as a way of investigating relations between living beings, aquatic environments, infrastructures, and the forms of knowledge through which they can be followed.

My work is concerned with lines: lines of migration, drawing, current, mapping, threshold, and passage. Through aquatic environments connected to the St. Lawrence River, its tributaries, and selected riverine territories, I examine how living trajectories are transformed by human infrastructures, technical systems, and contemporary forms of ecological fragmentation.

Artistic practice plays a central methodological role in this work. Drawing, imprinting, sensitive cartography, gyotaku, and installation are not only representational forms; they are tools for observing, inscribing, and thinking through relations between bodies, gestures, environments, and temporalities. They make it possible to attend to discreet presences, interrupted movements, and partial continuities.


This practice is grounded in a research-creation trajectory in which art, anthropology, and teaching converge around a shared question: how can forms of life be followed when their trajectories are reshaped by environments, infrastructures, and technical devices? My work draws on drawing, imprinting, sensitive cartography, and field-based practices to observe lines of passage, thresholds, interrupted movements, and partial continuities. Rather than simply representing living beings, it seeks to make perceptible the relations that move through them: relations between bodies and environments, gestures and traces, currents and obstacles, scientific knowledge and sensory experience. In this sense, artistic practice becomes a method of anthropological inquiry, attentive to the ways living beings persist, inscribe themselves, and move through transformed environments.

Alexis Aubin-Laperrière